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Démission ou prise d'acte : comment déterminer la date d'arrêt de l'ancienneté du salarié ?

La question de la date à laquelle s’arrête l’ancienneté d’un salarié est cruciale lorsqu’une démission est requalifiée en prise d’acte. Cette situation, qui produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, soulève des enjeux importants, notamment pour le calcul des indemnités. Un arrêt récent de la Cour de cassation du 20 mai 2026 apporte des précisions essentielles sur ce point. Cet article explique comment déterminer la date d’arrêt de l’ancienneté dans ce contexte, en s’appuyant sur un cas concret.



Qu’est-ce qu’une prise d’acte de la rupture du contrat de travail ?


La prise d’acte est un mode de rupture du contrat de travail par lequel le salarié met fin à son contrat en raison de manquements graves de l’employeur. Elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse si la justice reconnaît la faute de l’employeur.


Dans ce cadre, la date à laquelle le salarié notifie sa prise d’acte à l’employeur est déterminante. Contrairement à une démission classique, la prise d’acte entraîne la cessation immédiate du contrat à cette date, sans préavis.



Exemple concret : un chauffeur PL/SPL et la requalification de sa démission


Un chauffeur poids lourd (PL/SPL) engagé le 17 juillet 2017 a démissionné par lettre datée du 27 juin 2019, avec effet au 26 juillet 2019. La cour d’appel a requalifié cette démission en prise d’acte, produisant les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Elle a retenu une ancienneté de deux années complètes, calculée à la date de fin de préavis, et a accordé des indemnités en conséquence.


Cette décision a été cassée par la Cour de cassation, qui a rappelé que l’ancienneté doit être arrêtée à la date de notification de la prise d’acte, soit le 27 juin 2019, et non à la date de fin de préavis.



Vue en gros plan d'une lettre de démission posée sur un bureau en bois
Lettre de démission avec date de notification visible

Lettre de démission avec date de notification visible, illustrant la date clé pour le calcul de l’ancienneté



Pourquoi la date de notification est-elle déterminante ?


La Cour de cassation précise que la prise d’acte entraîne la cessation immédiate du contrat à la date où elle est notifiée à l’employeur. Cela signifie que :


  • Le contrat s’arrête dès cette notification, sans attendre la fin d’un éventuel préavis.

  • L’ancienneté du salarié doit être calculée jusqu’à cette date précise.

  • Le calcul des indemnités légales de licenciement, d’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, et d’indemnité compensatrice de préavis repose sur cette ancienneté arrêtée.


Dans l’exemple du chauffeur, la différence de quelques jours a empêché d’atteindre deux années complètes d’ancienneté à la date de notification. Or, le barème indemnitaire de l’article L 1235-3 du Code du travail dépend du nombre d’années complètes. Ce décalage modifie donc la fourchette des indemnités applicables.



Impacts pratiques pour les salariés et employeurs


Cette règle a plusieurs conséquences concrètes :


  • Pour le salarié, la date de notification de la prise d’acte est la date clé pour faire valoir ses droits à indemnités. Une notification anticipée peut réduire l’ancienneté prise en compte.

  • Pour l’employeur, il est important de bien comprendre que la prise d’acte ne génère pas de préavis, et que l’ancienneté s’arrête immédiatement. Cela peut limiter le montant des indemnités à verser.

  • Pour les conseils juridiques, cette précision permet d’éviter des erreurs dans le calcul des droits et d’anticiper les conséquences financières d’une requalification.



Comment calculer l’ancienneté dans ce contexte ?


Pour déterminer l’ancienneté à retenir, il faut :


  1. Identifier la date de notification de la prise d’acte par le salarié.

  2. Calculer la durée entre la date d’embauche et cette date de notification.

  3. Ne pas tenir compte de la date de fin de préavis, qui n’a pas d’effet juridique sur la rupture.

  4. Arrondir l’ancienneté aux années complètes pour appliquer les barèmes légaux.


Dans notre exemple, le chauffeur engagé le 17 juillet 2017 et ayant notifié sa prise d’acte le 27 juin 2019 n’atteint pas deux années complètes, mais environ 1 an et 11 mois. Cette différence modifie le calcul des indemnités.



Que retenir de l’arrêt de la Cour de cassation du 20 mai 2026 ?


Cet arrêt rappelle clairement que :


  • La prise d’acte entraîne la rupture immédiate du contrat à la date de notification.

  • L’ancienneté s’arrête à cette date, non à la fin du préavis.

  • Le calcul des indemnités doit se baser sur cette ancienneté arrêtée.

  • Une erreur sur la date d’arrêt de l’ancienneté peut entraîner un calcul erroné des indemnités, avec des conséquences financières importantes.


Cette décision protège les employeurs contre des demandes d’indemnités basées sur une ancienneté fictive, tout en clarifiant les droits des salariés.


 
 
 

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